Orelsan, auto-proclamé « meilleur rappeur de cette putain d'ville de Caen » est un MC de presque 26 ans, atteint du ''syndrome de Peter Pan'', pour reprendre ses mots, qui a fait beaucoup parler de lui ces derniers mois sur le web, avec notamment un Myspace comptant plus de 800 000 visites. Déjanté, c'est surement l'adjectif qui lui correspond le mieux, Orel nous amène dans un univers très propre à lui, en jouant l'ado en crise, un peu misogyne, avec ironie. Considéré par certains comme l'avenir du rap français (et parfois comparé à Eminem) et par d'autres comme un simple comique ridiculisant le rap, l'artiste ne laisse personne indifférent. On comprend, ainsi, aisément les enjeux de « Perdu d'avance »: ne pas décevoir les fans naissants, élargir le public du MC et faire taire les médisants.
Le premier morceau, « Etoile Invisible » donne directement le ton : une avalanche de punchlines qui fond sourire, sur un bon beat et un refrain chanté à coup de vocoder. Changement d'atmosphère, pour le désormais célèbre « Changement », où Orelsan porte un regard à la fois amusant et réaliste sur l'évolution de notre société. On revient ensuite sur une ''ambiance vocoder'' avec « Soirée ratée », track au titre très explicite, où le rappeur utilise l'autodérision. Ensuite, l'artiste nous emmène dans son monde avec « Différent » et nous montre à quel point il est déjanté (« j'essaie de tout mettre sur le dos de mon jumeau maléfique »). « No Life », le premier extrait officiel de cet album pourrait être un hymne à tous ceux qui se sentent paumés, dans notre société actuelle (« Qu'est ce qu'on s'en branle du futur quand on n'comprend pas l'présent »). En quelques morceaux, on se rend donc compte que l'album semble tenir toutes ses promesses : les punchlines sont lourdes et Orelsan est très bon en ''ado-looser''.
L'ado-looser est évoqué dans « Perdu d'avance » (« bientôt 26 ans et encore en crise d'adolescence » « j'ai aucun égo/J'fais pitié comme un blanc qui s'prend pour un négro »), titre éponyme de l'album, toujours à prendre sur le ton de l'humour. Dans le même genre, on peut aussi citer « Courez Courez », où Orel joue l'ancien ado-victime voulant se venger de ses anciens détracteurs. Dans cette track, le MC nie toute forme d'ironie dans ses chansons et revendique sa misogynie.
« Pour le Pire » est le morceau qui reflète le mieux le côté misogyne du rappeur. On y entend le parfait stéréotype de l'anti-héros non romantique, le pire cauchemar des demoiselles... « 50 Pourcents » est un demi story telling, où l'artiste joue l'homme trompé refusant la paternité du bébé porté par son ex-copine, avant de s'essayer à un vrai story telling sur « Gros Poissons dans une petite Mare ». Bien que ça ne soit pas son point fort, on peut dire que l'essai est quelque peu réussi, l'auteur arrive même à nous faire passer un message sérieux.
Marrant et misogyne ne sont pas les deux seuls adjectifs pouvant définir le rap version Orelsan. Les punchlines ont une grande place dans son rap, comme l'atteste le titre « Jimmy Punchline », soit 4 minutes 06 de punchlines en pagaille, chacune faisant plus mal que la précédente. Il ne nous reste plus qu'à voir trois tracks. Dans « Logo Dans Le Ciel », on entend le jeune homme dans un registre qui peut peut-être surprendre, sur un beat dansant, avec en objectif visiblement, de faire bouger sur la piste de danse. Et enfin, n'oublions pas les deux featurings de l'album. Gringe, sa moitié de Casseurs Flowters, sur « Entre Bien et Mal », l'un des rares morceaux sérieux (au niveau du thème), évoquant des questions existentielles que beaucoup se posent. Le second featuring est celui de Ron ''Bumblefoot'' Thal sur la dernière piste de l'album, « La Peur de l'échec », où Orel nous dévoile sa vraie personnalité, ses peurs et doutes et nous explique que son humour n'est qu'un masque, le protégeant de l'échec. Il aura donc fallu, ce dernier morceau pour pouvoir enfin comprendre entièrement l'univers artistique si particulier du rappeur.
Vous l'aurez donc compris, si vous voulez du rap engagé, ou du rap de cité, cet album n'est pas pour vous. Cet album n'est pas plus pour les puristes, qui n'apprécieront sûrement pas les beats, très ''tendances'' et une forte présence du vocoder. De plus, le flow très linéaire et la voix spéciale du rappeur va peut être rebuter certains. Mais au-delà de ça, Skread se débrouille bien à la prod et Orelsan nous prouve qu'il est certainement l'un des meilleurs punchlineurs de la nouvelle génération.
Marrant et bien écrit, cet opus a le mérite d'apporter un vent frais dans le monde du rap français, ce qui est assez rare pour être souligné. Orelsan a donc tout pour devenir la révélation de l'année. Par contre, l'artiste devra se renouveler sur son prochain disque, afin de ne pas saouler son public. En conclusion, un album sympathique à l'écoute, à prendre au 3000ème degré.